L'incertain

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

by kaullyne

C’est à première vue un tout autre art que celui de de Mesihi, celui de la hauteur de la lettre, de l’épaisseur du trait qui donne le mouvement, de l’agencement des consonnes, des espaces s’étendant au gré des sons. Accroché à son calame, le poète calligraphie offre un visage aux mots, aux phrases, aux vers ou aux versets. 

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Qui se souvient qu’avant d’être Istanbul, la capitale actuelle de la Turquie se nommait Constantinople ?

Que la majestueuse citée  cosmopolite des sultans accueillait Turcs, Latins, Grecs et Juifs, circulant librement dans cette ville aux saveurs épicées et sucrées savant mélange de l’orient et l’occident.
Qui sait aujourd’hui, que le Bosphore, ce carrefour, croisement des mondes, était déjà l’objet d’un désir d’union ardemment souhaité par le sultan Bajazet II ?

Un pont sur la Corne d’Or… voici comment la fusion entre les deux rives devait se réaliser. Léonard de Vinci puis Michel-Ange ont successivement été invités à réaliser les plans de ce fameux pont…
De ces brèves informations, Mathias Enard nous transporte sur les pas d’un Michel-Ange, partant à la découverte de Constantinople la belle, nous relatant sa vision de l’orient et ses trésors.
Ce peintre et sculpteur avide d’art et d’harmonie, entrant dans un monde où l’architecture est l’incarnation même de la beauté et du savoir faire. Un joli conte, pour rêver, s’envoler, s’émerveiller.

Ton ivresse m’est si douce qu’elle me grise. Tu souffles doucement. Tu es en vie. J’aimerais passer de ton côté du monde, voir dans tes songes. Rêves-tu d’un amour blanc, fragile, là-bas, si loin ? D’une enfance, d’un palais perdu ? Je sais que je n’y ai pas ma place. Qu’aucun de nous n’y aura sa place. Tu es fermé comme un coquillage. Il te serait pourtant facile de t’ouvrir, une fente minuscule où s’engouffrerait la vie. Je devine ton destin. Tu resteras dans la lumière, on te célèbrera, tu seras riche. Ton nom immense, comme une forteresse nous dissimulera de son ombre. On oubliera ce que tu as vu ici. Ces instants disparaitront. Toi-même tu oublieras ma voix, le corps que tu as désiré, tes tremblements, tes hésitations. Je voudrais tant que tu conserves quelque chose. Que tu emportes une partie de moi. Que se transmette mon pays lointain. Non pas un vague souvenir, une image, mais l’énergie d’une étoile, sa vibration dans le noir. Une vérité. Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, la peur dans l’amour; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s’accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards ; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, de rois, d’éléphants…

by kaullyne

Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lu. 

Jorge Luis Borges

Travels with Charley: In Search of America

by Maxence

“(…) and neighbors came to visit, some neighbors we didn’t even know we had. I saw in their eyes something I was to see over and over in every part of the nation—a burning desire to go, to move, to get under way, anyplace, away from any Here.”

John Steinbeck ouvre son bal de la route américaine. Il n’a pas vraiment fait ce voyage avec Charley — il a probablement menti. Son récit n’est pas totalement une pièce de nonfiction, comme prétendue à l’origine. Inventer sa route, et alors ?

“They spoke quietly of how they wanted to go someday, to move about, free and unanchored, not toward something but away from something. (…) Nearly every American hungers to move.”

John va partir sur la route de ces américains. Qu’est-ce que l’Amérique, aujourd’hui, en 1960 ? Une chic chica, pour aller vite.

“A kind of second childhood falls on so many men. They trade their violence for the promise of a small increase of life span. In effects, the head of the house becomes the youngest child. And I have searched myself for this possibility with a kin of horror. For I have always lived violently, drunk hugely, eaten too much or not at all, slept around the clock or missed two nights of sleeping, worked too hard and too long in glory, or slobbed for a time in utter laziness. I’ve lifted, pulled, chopped, climbed, made love with joy and taken my hangovers as a consequence, not as a punishment. I did not want to surrender fierceness for a small gain in yardage.”

Tout voyage est merveilleux pot pourri. Travels with Charley n’échappe pas à la règle. Le New York Times Book Review, comme s’en glorifie la quatrième de couverture, est d’accord avec moi : ‘Pure delight, a pungent potpourri of places and people’.

Et John ne se limite pas à s’explorer lui-même dans cette Amérique ; par exemple, il lance d’hier des rappels aux dénicheurs de modes d’aujourd’hui — Prenons Instagram, prenons le Vintage.

“I can never get used to the thousands of antique shops along the roads, all bulging with authentic and attested trash from an earlier time.  I believe the population of the thirteen colonies was less than four million souls, and every one of them must have been frantically turning out tables, chairs, china, glass, candle molds, and oddly shaped bits of iron, copper, and brass for future sale to twentieth-century tourists. There are enough antiques sale along the roads of New England alone to furnish the houses of a population of fifty million. If I were a good businessman, and cared a tittle for my unborn great grandchildren, which I do not, I would gather all the junk and the wrecked automobiles, comb the city dumps, and pile these gleanings in mountains and spray the whole thing with that stuff the Navy uses to mothball ships. At the end of a hundred years my descendants would be the antique kings of the world.”

De même, quelle surprise d’entendre parler d’Abercrombie and Fitch, qui, dans mon imagination, n’est autre qu’une marque à la mode qui fait jouir les adolescents.

“Some years ago at Abercrombie and Fitch I bought a cattle caller, an automobile horn manipulated by a lever with which nearly all cow emotions can me imitated…”

Pure delight, a pungent potpourri of places and people, disions-nous. Il ne convient pas ici de tous les citer directement, mais voici un petit résumé : les Américains sont-il sans racine ? analyse en discussions de l’apparition des mobile homes, les médias de masse vont-il tuer les accents et les particularités locales ?
John travels aussi home ; une place qui a changé — et lui n’a pas changé avec elle. Tout voyageur connaît et affronte cette situation… Comment se faire accepter (le faut-il ?) de ceux qui n’acceptent pas vos voyages ?
“When I went away I had died, and so became fixed and unchangeable.”
“”No,” he said. “No more for me. I learned long ago that the most important and valuable of acting techniques is the exit.”
“But I’d like to ask more questions.”
“All the more reason for the exit.” He drained the last drop.
“keep them asking,” he said, “and exit clean and sharp. Thank you and good afternoon.”
(…). So it went on—a profession older than writing and one that will probably survive when the written word has disappeared. And all the sterile wonders of movies and television and radio will fail to wipe it out—a living man in communication with a living audience. But how did he live? Who were his companions? What was his hidden life? He was right. His exit whetted the questions.”

Mais où est Charli ? Charley ? Il est là, parfois. C’est un prétexte à ne pas rester complétement seul, ami fidèle en arrière plan. Souvent inutile.

Si Charley pouvait écrire, aurait-on eu le même sentiment à l’égard de John ?
“Who has not known a journey to be over and dead before the travelers returns? The reverse is also true: many a trip continues long after movement in time and space have ceased.”
Certains voyages n’ont pas de fin.

La tendresse de M. Léon

by Maxence

“— Pourquoi vous rigolez ?
— Au fond vous êtes un tendre M. Léon.
— Ouai enfin… je sais pas moi… Faut pas rire avec la tendresse. Maman dit toujours que l’amour se transforme en tendresse.”

Dialogue extrait du film Franz.

Le dernier Lapon

by kaullyne

“Nul rideau bien sûr, en ce haut lieu du laestadianisme. Le prédicateur Lars Levi Laestadius avait vécu ici plusieurs années de sa vie. D’ici il avait mené sa croisade contre le péché et l’alcool, partant à la conquête des âmes sami. Dans un tel lieu oublié du monde, aux confins de tout, le visiteur comprenait vite qu’on ne pouvait devenir qu’alcoolique ou mystique. Karesuando n’était pas un lieu qui autorisait la nuance. Ici, le gris était condamné. Noir ou blanc, il fallait basculer.”

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Kautokeino, Laponie centrale.

Dans un univers de bout du monde, la nuit prend fin. Après des mois dans l’obscurité, chacun retrouve son ombre, redécouvre la clarté du soleil.

C’est dans ce décor de renouveau que l’on découvre Klemet Nango, flic bourru et meurtri accompagné de sa jeune collègue, Nina Nansen, fraîche émoulue de l’école de police.

Membres de la police des rennes, ils sillonnent la Laponie en motoneige, à l’écoute des doléances des éleveurs, hommes fatigués, vivants dans des gumpis et errant au gré des transhumances de leurs troupeaux. Derniers survivants d’un peuple en voie de disparition, cette population à cheval sur plusieurs états, attise la colère et le mépris de certains individus.

Lorsqu’un tambour sami, emblématique de l’histoire lapone riche et ancienne, est  volé alors même qu’il devait être exposé au centre culturel de Kautokeino, les tensions s’accroissent.

Dans un lieu où les dissensions culturelles sont importantes, la situation prend vite de l’ampleur…Afin de désamorcer la crise qui s’annonce, Klemet doit se replonger dans la culture dont il est originaire, tandis que Nina découvre avec plaisir et perplexité cette histoire matinée de violence, d’assimilation forcée et de convoitise pour cette région sauvage et riche en minerais.
Olivier Truc, journaliste et correspondant du Monde et du Point, nous offre un premier roman qui loin de se contenter de raconter une histoire, nous relate le récit d’une population méconnue, pacifiste, qui tente aujourd’hui encore, de lutter contre les affres de “l’hypermodernité”.

Mais que peut un peuple qui a longtemps vécu de chasse,  d’élevage de rennes et dont les traditions se relataient au travers de joïks face au progrès?

“Quand elle [la colonisation] a commencé, au XVIIe siècle il n’y avait aucune route en Laponie. C’était terre inconnue. Le commerce se pratiquait le long des fleuves, l’été. Quand le royaume de Suède a commencé à chercher des minerais pour payer ses guerres et fabriquer ses armes, il a monté des expéditions exploratoires et envoyé des cartographes. Des petites mines ont été exploitées. Dans les conditions que tu peux imaginer à cette époque, au bout du monde, loin de tout. Ça devait être épouvantable. Dans quelles conditions devaient-ils travailler ? J’en ai des frissons rien que d’y penser.
Les Suédois recrutaient des Sami de force pour ça. Et ils utilisaient les rennes pour transporter le minerai jusqu’aux rivières. Voilà l’histoire. Les Sami qui refusaient étaient battus, emprisonnés. Tu vois sur quoi repose la richesse de ces beaux royaumes nordiques.”

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San Francisco parasismique

by Maxence

“A San Francisco un bâtiment est parasismique à condition d’avoir ménagé des fissures et des crevasses dans sa structure. La solidité normée, ou plutôt la rigidité, ça vous tue, car trop de rigidité signifie que vous serez cassé, mis à terre.”

Avital Ronell, dans L’Impossible, numéro 10, février 2013

Portugal

by kaullyne

Je savourai l’étrange ironie de la situation. Avec une ironie sincère…
…J’avais passé de longues années à consciencieusement rater mes livres. Et me voilà ici…Aujourd’hui…Grâce à eux.
Bien entendu, le plus douloureux avait été de les rater sans aucune contrepartie. Ils ne m’avaient apporté ni fortune…
Ni renommée…Ni le moindre réconfort.
J’avais fait des livres avec application. Comme on fait des jolies choses ou des bouquets de fleurs. Rien de très grave. Rien de vraiment honteux sans doute.
Simplement le sentiment désagréable…
…De l’absolue inutilité de mes efforts…

Cyril Pedrosa

Banjo

by Maxence

“C’était l’après-midi. Banjo avait marché jusqu’au bout de la jetée et s’en retournait vers la Joliette. (…) il s’arrêta net à la vue de plusieurs corps noirs qui dégringolaient du fond d’un des nombreux wagons de marchandises sur le quai. Banjo connaissait ce genre de caisses. Il avait circulé en clandestin dans bien des trains, en Amérique, mais n’avait jamais rencontré de wagon qui ait une trappe dans le plancher. Ces Noirs-là avaient-ils fait eux-mêmes cette ouverture ? Il descendit sur le quai pour s’en assurer.
— (…) Ce que je voudrais savoir, c’est si c’est vous autres qui avez fait ce trou au fond de ce wagon. J’ai jamais vu de trou dans le plancher d’un fourgon et j’ai pas mal roulé dans les trains de chez nous, aux States.
— Peut-être pas. Y a ici des choses qui sont pas comme par là-bas, et y a des choses là-bas qui sont pas comme ici. Moi, ce wagon avec un trou dans le fond, il me botte tout à fait.”

Marseille, fin des années 20 — et la Fosse, ce quartier réservé, grouille de marins, grouille de putes et de macros, de noirs et de blancs, de jaunes et de rouges. Les bars sont pleins, la police, comme aujourd’hui, est corrompue — par le racisme et/ou par l’argent. Banjo se promène avec sa bande. Le groupe vit au jour le jour, tapant les touristes ou quelques gonzesses qui accostent au port. Grâce à Banjo, ils se partagent aussi le fruit de la musique : non seulement le bonheur qu’elle procure, mais aussi l’argent récolté quand il joue dans les bars. Une vie beat. Un livre beat.

“Banjo caressa son instrument :
— Je m’en sépare jamais, mec. C’est plus qu’une poule, c’est plus qu’un copain, c’est moi tout entier.
— Tu peux pas crever de faim, par ici, si tu sais jouer un tant soit peu, dit Ginger de sa voix trainante. Tu peux ramasser assez de sous pour toi et encore assez pour nous payer un kilo de rouge, de qui se rincer le sifflet, quand le blé se fait rare sur les quais, simplement en jouant dans les bars de la Joliette et du centre, autour de la place où on fait la manche.”

C’est ainsi que… bien avant Sean Paul, les gars de la bande ont fait bouger Marseille avec Shake that thing, de Papa Charlie Jackson.

“Taloufa soutenait que la propagande du Retour à l’Afrique avait fait des merveilles en Afrique même. Il dit à Ray qu’en Afrique occidentale, les indigènes avaient organisé des réunions pour discuter de leur avenir et que, dans les ports, ils n’étaient plus dociles mais s’agitaient, se groupaient dans l’attente du Libérateur noir. A tel point que les gouvernements coloniaux s’étaient inquiétés et avaient interdit toute propagande, en particulier le journal The Negro World, l’organe du mouvement du Retour à l’Afrique.”

Claude McKay, l’auteur de ce livre, avec Banjo et Ray (une amitié afro-américaine) — et ici, Taloufa —,  introduit le Retour à l’Afrique. Aujourd’hui, on attend encore le grand Retour. Peu sont revenus, beaucoup partent encore — joug d’une autre forme d’esclavage.

“— Le libérateur noir est loin d’être libéré de la prison où l’ont mis les blancs, dit Ray.”

Et puis, cette oeuvre beat — ante-beat ? pre-beat !? — parle de littérature. La question, aujourd’hui, se pose encore. Pour qui écrivent les auteurs noirs ?

“— Mais, puisque tu es noir, ne serait-ce pas une bonne chose pour la race, si les meilleurs des Noirs appréciaient ce que tu écris ?
— Les meilleurs des noirs ne sont pas les gens du monde. Je n’écris pas pour ces derniers, ni pour les Noirs qui refusent de manger des côtes de porc, ni pour les amis puritains des gens de couleur, ni pour les négrophobes, ni pour les négrophiles. J’écris pour ceux qui sont capables d’apprécier une histoire authentique, d’où qu’elle vienne.”

Une histoire dont voici un passage :

“”— (…) Bien sûr, y a des maisons qui sont que des pièges et cette police vaut pas mieux qu’une bande coupeurs de gorges. Mais c’est les hommes qui rendent tout ce bizness si brutal. J’en sais plus que toi sur ce chapitre, parce que moi je suis descendu plus bas que toi dans cette rigolade. Et tu sais rien de tout ce qu’un salaud qui porte un pantalon est capable de faire, depuis discutailler une fois le marché conclu jusqu’à foutre le camp sans payer. C’est pour ça que les femmes portent un pistolet sous le bras et ont des macs pour les protéger. Tu dois pas oublier que leur boulot c’est pas de l’amusement, c’est les travaux forcés.”

Ray n’avait rien à répliquer. Il sentait que la sexualité comportait un élément de cruauté fondamentale, qui, étant étranger à sa nature, lui demeurait, en quelque sorte, incompréhensible. Et que, plus l’homme avançait vers la civilisation, plus la sexualité était cruelle. Il lui semblait parfois qu’une véritable guerre se déroulait entre la civilisation et le sexe. Et il lui semblait aussi que les Noirs placés sous l’emprise de la civilisation se trouvaient coincés, sans défense, entre ces deux forces. C’était une idée répandue chez les Blancs que les Noirs étaient hypersexués. Il l’avait entendu dire crûment par les Blancs sans éducation et il en avait discuté franchement avec des Blancs intelligents. Il l’avait également lu dans des ouvrages consacrés aux Noirs écrits pas des Blancs.

Pourtant, d’après son expérience et son observation de la vie sexuelle noire, dans sa simplicité aux Antilles et, sous des formes plus compliquées, dans les villes d’Europe et d’Amérique, il n’avait jamais eu l’impression que les Noirs étaient hypersexués au point de choquer. Et il était particulièrement sensible à ces subtilités. Il en avait déduit que les Blancs souffraient de complexes sexuels dont les Noirs étaient exempts. Les Noirs étaient plus libres et plus directs dans l’expression de leur désir et, comme les blanc en général ne l’était pas, ils attribuaient aux Noirs une hyperactivité sexuelle. L’attitude des Noirs vis-à-vis de la sexualité était aussi éloignée de l’hypocrisie anglo-saxonne que de l’exhibitionnisme polisson de l’Europe continentale.

Même parmi les prolétaires les plus frustres, Ray n’avait jamais noté, dans la bouche des Noirs, ces expressions de méchanceté vicieuse à l’égard de la sexualité qu’il entendait en général chez les ouvriers blancs. On aurait dit que le Blanc considérait la sexualité comme malpropre et source de tracas, tandis que le Noir l’acceptait avec une joie primitive. Et peut-être cette grande différence d’attitude était-elle la cause inconsciente et fondamentale de l’antagonisme entre les Blancs et les Noirs que la civilisation avait réunis.”

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Pour comprendre, peut-être, l’aspect beat du livre :

Pourquoi la vraie lecture n’a aucune chance

by Maxence

Un vrai lecteur de romans, c’est un adulte qui lit, disons, deux ou trois heures chaque soir, et cela, trois ou quatre fois dans la semaine. Au bout de deux à trois semaines, il a terminé son livre. Un vrai lecteur n’est pas le genre de personne qui lit de temps en temps, par tranches d’une demi-heure, puis met son livre de côté pour y revenir huit jours plus tard sur la plage. Quand ils lisent, les vrais lecteurs ne se laissent pas distraire par autre chose. Ils mettent les enfants au lit, et ils se mettent à lire. Ils ne tombent pas dans le piège de la télévision, et ils ne s’arrêtent pas toutes les cinq minutes pour faire des achats sur le Net ou parler au téléphone. Mais c’est indiscutable, le nombre de ces gens qui prennent la lecture au sérieux baisse très rapidement. En Amérique, en tous cas, c’est certain.

Les causes de cette désaffection ne se limitent pas à la multitude de distractions de la vie d’aujourd’hui. On est obligé de reconnaître l’immense succès des écrans de toutes sortes. La lecture, sérieuse ou frivole, n’a pas l’ombre d’une chance en face des écrans: d’abord l’écran de cinéma, puis l’écran de télévision, et aujourd’hui l’écran d’ordinateur, qui prolifère : un dans la poche, un sur le bureau, un dans la main, et bientôt, on s’en fera greffer un entre les deux yeux. Pourquoi la vraie lecture n’a-t-elle aucune chance ? Parce que la gratification que reçoit l’individu qui regarde un écran est bien plus immédiate, plus palpable et terriblement prenante. Hélas, l’écran ne se contente pas d’être extraordinairement utile, il est aussi très amusant. Et que pourrions-nous trouver de mieux que de nous amuser ?

Philip Roth (ici)

by kaullyne

La marge est le territoire de l’écrivain 

John Irving

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