L'incertain

Les boloss des belles lettes

by kaullyne

http://bolossdesbelleslettres.tumblr.com/

by kaullyne

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Le féminisme est un sport de combat.

http://diglee.com/femmes-de-lettres-je-vous-aime/

Inassouvies, nos vies

by Maxence

Nos vies, incertaines, cheminent. Betty, elle, vit par procuration ; de sa fenêtre, elle en transperce d’autres, celles de ses voisins, de l’autre côté de sa rue. Elle cherche. Elle s’interroge.

Qu’est-ce qui différencie ou caractérise ces cubes, ces carrés, ces rectangles, ces losanges, ces cavités, toutes ces innombrables fantaisies architecturales réunies sous le vocable habitations ? En dehors de leur forme, qu’est-ce qui en fait des demeures et non des sépultures ? Que s’y passe-t-il de si fort, de si réel, de si dynamique, de si tangible, qui ne puisse avoir lieu au cimetière et qui justifie qu’on appelle ces endroits des lieux de vie ? Vivre, ça couvre quelle superficie ? Quel sens donne-t-on à ce verbe, au point de lui réserver des lieux ? Ne vit-on pas également lorsqu’on se promène en forêt, en traversant la rue ou en bandant ses muscles pour propulser sa barque sur un bras de mer lascif ? Les bureaux et les usines seraient-ils des lieux de morts ?

Les maisons nous dévorent, et trop souvent il n’y a personne dedans pour nous chérir, alors, alors, on domestique des animaux, qu’on soit jeune, vieux, ou d’âge moyen.

Les animaux ne mesurent pas la chance qu’ils ont, mais ils ignorent également l’étendue des misères qui leur viennent de là. Bien souvent, il leur est donné le privilège de jouir d’une attention qu’on aurait souhaité offrir à d’autres. Mais que ne leur demande-t-on en échange ? Mon chat, mon lapin, mon chéri ! Ma poule, ma biquette, ma chérie ! Inassouvi, notre besoin d’aimer et d’être aimé. Quand le rendez-vous est manqué, quand l’espoir s’est brisé, sans la vitale réciprocité affective, on dérive, on échoue seul au fond d’une crique. On voudrait pourtant se donner, mais à qui ? Certains se résignent. D’autres espèrent encore. Pourquoi pas ?

Des alternatives aux animaux, il y en a — les textos, les je-suis-sur-WhatsApp et autres on-se-fait-un-Skype. Fatou Diome fait parler Betty de ces technologies, un air de déjà vu peut-être, mais qui rassure toutefois la critique technophobe.

Texto : Si je ne t’appelle pas demain, je te ferai un mail. Bises, à plus. Se voir, c’est toujours plus tard. Ces baisers sur écran, on les voudrait tellement sur la joue. Tout le monde est presque là, mais personne n’est là. La présence se devine plus qu’elle ne s’éprouve. Nous sommes devant des vallées asséchées, où seuls des fossiles nous font imaginer qu’il y coulait autrefois une belle mer bleue. Plus les écrans rétrécissent, plus les distances qui nous séparent s’élargissent.

Betty n’a pas eu peur des écrans. Félicité, la mamie d’en face, avec qui elle est maintenant amie, n’en a d’ailleurs pas, si ce n’est peut-être une télévision. Elle lui rend visite à la maison de retraite. Au diable les écrans, elle, son truc, ce sont les horizons.

Lorsque l’aide-soignante sombrait dans l’abîme des questions sans réponses, elle [Félicité] arguait de son expérience pour lui redonner confiance dans l’avenir, cet avenir auquel elle-même avait, secrètement, renoncé de croire. Lorsqu’elle s’exclamait : Mais, ma petite, vous avez tout l’avenir devant vous ! L’aide-soignante se réchauffait à son rire et lisait dans ses rides autant de sillages possibles. Où va la barque ? Nul ne sait. L’essentiel est de ramer, de persévérer, même à travers la tempête. Non, tout n’était pas perdu. A quatre-vingt-quatre ans, cette dame croit encore à la vie, alors pourquoi pas moi ? songeait l’aide-soignante. De la vie, Félicité n’attendait plus rien, mais ça, elle le taisait. Un guide n’avoue pas qu’il a perdu son chemin : de son assurance, même feinte, dépend le moral de sa troupe. Chut ! On avance ! Tant qu’il a l’horizon, on ne peut qu’avancer.

Inassouvie, la vie, puisqu’elle a toujours besoin d’un horizon.

by kaullyne

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by kaullyne

Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrais jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.

by kaullyne

Je suis Charlie 

Tu es Charlie

Il, Elle est Charlie

ON EST CHARLIE

2015

by kaullyne

“Si vous avez l’impression que vous êtes trop petit pour pouvoir changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique…et vous verrez lequel des deux empêche l’autre de dormir.”

Le Dalaï Lama

 

L’année est terminée, une nouvelle arrive.

Matinée d’augures néfastes, d’inquiétantes nouvelles, il ne nous reste qu’à espérer qu’on peut faire la différence.

Après tout si un moustique peut tout changer, pourquoi pas nous.

 Une belle et heureuse année à vous, pleine de fols espoirs, de projets à assouvir, et de soif d’aventures à étancher.

Les Incertains

 

La Vie rêvée d’Ernesto G.

by kaullyne

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Comme il existe des bons romans d’été il existe de bons romans d’hiver.

La Vie rêvée d’Ernesto G en fait partie, et pas uniquement parce que Guenassia, nous emmène dans ces pays de l’est où le froid plus qu’un état d’esprit est une manière de vivre.

Après le Club des incorrigibles optimistes, le voici qui nous transporte, de Prague à Alger en passant par Paris, marchant dans les pas de ce médecin brillant dont la vie s’écoule durant cette décennie qui a vu vivre et mourir l’idéal communiste, trancher dans le vif des vies humaines, mais su, finalement retomber cahin-caha sur ses pieds, et reprendre le cours de son histoire tumultueuse.

C’est un roman qui se lit avec plaisir, un roman qui prête tout autant à l’indignation qu’au sourire et surtout à l’indulgence pour cette vie rêvée à laquelle on croirait volontiers.

Dans la pénombre qui prenait possession de cette terre perdue de bout du monde, sa stupidité lui revenait comme un boomerang. Il aurait voulu se jeter à genoux et demander pardon à Christine, pardon pour les millions de cadavres à venir, les misères inouïes, les destructions innombrables, lui crier qu’elle avait eu mille fois raison de se battre pour la paix avec une telle énergie malgré la certitude inexorable de la défaite, sans craindre les sarcasmes et le mépris. Ni les accusations de lâcheté. Ce sont toujours les pacifistes les plus courageux, c’est si facile de faire la guerre, de tuer son voisin, d’étriper des enfants, d’être le dernier à survivre quand il aurait fallu vouloir que tous vivent. Il avait été comme les autres d’une insupportable arrogance. Il avait affiché son sourire suffisant, moqué ses efforts dérisoires, ses tracts piétinés, ses pancartes mal écrites, ses amendes comme une sanction divine, ses désillusions comme des coups de poignard dans le cœur. Il avait haussé les épaules, levé les yeux au ciel quand elle disait : “Je vous en prie, souvenez-vous de la grande boucherie. Plus jamais ça.” Il avait ricané avec le troupeau et n’avait jamais fait le moindre effort pour l’aider dans ses tentatives désespérées. Un soir, à la fin d’un meeting particulièrement pitoyable, il lui avait dit : “Christine, tu es ridicule à la fin”. Elle lui avait répondu : “Je sais et je n’ai aucune pudeur.”

Coucher de soleil

by Maxence

« Tu ne rapporteras pas / la beauté d’un coucher de soleil / tu dénonceras son imposture. »

—-
Lu dans Article 11.

A Fraction of the Whole

by Maxence

“- Dis-moi, tu n’aimes pas trop les gens, n’est-ce pas ?

– Ils ne me dérangent pas.

– Tu te penses supérieur à eux ?

– Non.

– Alors pourquoi tu ne les aimes pas ?”

 Sans titre

Je me demandais si je devais parler à ce lunatique. Et puis je réalisai que personne avant n’avait jamais manifesté aucun intérêt pour ce que je pensais ou ce que je ressentais. Personne n’avait jamais manifesté d’intérêt pour moi.

“- Et bien, d’abord, j’ai dit, je suis jaloux de leur bonheur. Pour finir, on dirait qu’ils prennent des décisions sans réfléchir, et ça m’énerve.

– Continue.

– On dirait qu’ils remplissent leur vie uniquement pour éviter de penser à leur propre existence. Pour quelle autre raison se battraient-ils sur des matchs de foot, si ce n’était pour éviter de penser à leur mort imminente ?

– Tu sais ce que tu es en train de faire ?

– Non

– Tu es en train de philosopher.

– Non.

– Si. Tu es un philosophe.”

“Non, je ne suis pas un philosophe !”, j’ai crié. Je ne voulais pas être un philosophe. Tout ce qu’il font, c’est s’assoir quelque part et penser. Ils deviennent gros. Ils ne savent pas faire des choses utiles, comme faire pousser du gazon dans leur propre jardin.

“Si, Martin, tu es un philosophe. Je ne dis pas que tu es un bon philosophe, juste que tu es un philosophe, naturellement. Ce n’est pas une insulte, Marty. Écoute, on m’a étiqueté de nombreuses fois – un criminel, un anarchiste, un rebelle, parfois un déchet humain, mais jamais comme un philosophe ; ce qui est dommage parce que c’est ce que je suis. J’ai choisi une vie qui se trouve en dehors de la société, pas seulement parce que la société me rend malade mais parce que je remets en question la logique de la société, et il y autre chose — je ne sais même pas si la société existe ! Pourquoi devrais-je m’enchainer à une roue si la roue elle-même est une construction, une invention, un rêve commun créé pour faire de nous tous des esclaves ?”

Crap down here - birds

Harry se pencha en avant, je pouvais maintenant sentir son haleine aux vieux relents de cigarettes.

“- Toi aussi, tu l’as senti, Marty. Comme tu le dis, tu ne sais pas pourquoi les gens agissent sans réfléchir. Tu demandes pourquoi. C’est une question importante pour toi. Maintenant, je te demande — pourquoi le pourquoi ?

– Je ne sais pas.

– Si, tu le sais. Martin, dis-moi — pourquoi le pourquoi ?

– Et bien, si je me rappelle bien, pendant les après-midis, ma mère que donnait toujours un verre de lait froid. Pourquoi pas chaud ? Pourquoi du lait ? Pourquoi pas du jus de coco ou de mangue, je lui ai demandé une fois. Elle a répondu que c’est ce que les enfants de mon âge buvaient. Et une autre fois, pendant le repas du soir, elle m’a puni parce que j’avais mes coudes sur la table. Je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a dit, “c’est malpoli”. Je l’ai encore interrogée, “pourquoi, comment ?”.  Cela l’a laissé perplexe et alors que j’allais me coucher — “parce que 19 heures, c’est l’heure pour les enfants de moins de sept ans d’aller dormir” — je réalisais que je suivais aveuglement les ordres d’une femme qui elle-même suivait aveuglement des rumeurs. Je pensais : les choses, peut-être, n’ont pas à être faites de cette façon. Elles pourraient être faites d’une autre façon. De n’importe quelle autre façon.

– Donc tu penses que les gens ont accepté des choses qui ne sont pas vraies ?

– Mais ils doivent les accepter, sans quoi ils ne pourraient pas survivre à leur quotidien. Ils doivent nourrir leur famille et mettre un toit au dessus de leur tête. Ils n’ont pas le luxe de s’assoir et de se demander pourquoi.”

She's well missed in Tas

Harry applaudit avec délice.

“- Et maintenant tu te fais l’avocat du diable pour entendre les arguments opposés ! Tu te disputes avec toi-même ! Ceci est aussi la marque d’un philosophe !

– Je ne suis pas un putain de philosophe !”

Harry vint s’assoir près de moi. Il mit son terrifiant visage près du mien.

“- Écoute, Marty, laisse-moi te dire quelque chose. Ta vie ne va pas s’améliorer. En fait, pense à ton pire moment. Tu y penses ? Et bien, laisse-moi te dire : tout sera pire.

– Peut-être.”

———–

Ce texte est une traduction (de l’anglais) maison d’un passage du livre A Fraction of the Whole.

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