Dans les Forêts de Sibérie

by kaullyne

 Je me fis alors le serment de vivre plusieurs mois en cabane, seul, avant mes quarante ans. Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus chers que l’or. Sur une Terre surpeuplée, surchauffée, bruyante, une cabane forestière est l’eldorado. À mille cinq cents kilomètres au sud, vibre la Chine. Un milliard et demi d’êtres humains s’apprêtent à y manquer d’eau, de bois, d’espace. Vivre dans les futaies au bord de la plus grande réserve d’eau douce du monde est un luxe. Un jour, les pétroliers saoudiens, les nouveaux riches indiens et les businessmen russes qui  trainent leur ennui dans les lobbys en marbre des palaces le comprendront. Il sera temps alors de monter un peu plus en latitude et de gagner la toundra. Le bonheur se situera au-delà du 60e parallèle Nord. Habiter joyeusement des clairières sauvages vaut mieux que dépérir en ville. 

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Arrive un moment où le voyage s’essouffle et l’apaisement, la liberté que celui-ci accordait n’apporte plus aucune paix au voyageur.

Mes voyages commençaient comme des fuites et finissaient en course poursuite contre les heures. 

Pour retrouver cette paix intérieur, le grand voyageur Sylvain Tesson, est parti dans la Taïga sibérienne, au bord du lac Baïkal se terrer au fond d’une isba, pendant 6 mois.
Seule trace humaine à plusieurs kilomètres à la ronde, il réapprivoise le temps. Loin de la société et de sa technologie, dans le cocon de sa cabane, il retourne à l’essentiel.

 L’essentiel? Ne pas trop peser à la surface du globe. Enfermé dans son cube de rondins, l’ermite ne souille pas la Terre. Au seuil de son isba, il regarde les saisons danser la gigue de l’éternel retour. Privé de machine, il entretien son corps. Coupé de toute communication, il déchiffre la langue des arbres. Libéré de la télévision, il découvre qu’une fenêtre est plus transparente qu’un écran. Sa cabane égaie la rive et pourvoit au confort. Un jour, on est las de parler de « décroissance » et d’amour de la nature. L’envie nous prend d’aligner nos actes et nos idées. Il est temps de quitter la ville et de tirer sur les discours le rideau des forêts. 
Seul lien avec le reste du monde les nombreux ouvrages qui le distraient de cette solitude qui loin de lui peser, l’enchante à la manière de Robinson sur son île.

 Il suffisait de demander à l’immobilité ce que le voyage ne m’apportait plus : la paix. 

Jour après jour, il nous relate sa manière de se fondre dans ce qui l’entoure, de combler le vide qu’apporte une vie loin de la société et du cercle de la consommation qu’elle entraîne.
Couper du bois, marcher, faire du patin à glace, sympathiser avec les mésanges, pêcher des ombles et se réchauffer à la vodka suffisent à son bonheur. Et pourquoi pas?

Tout en douceur, et avec beaucoup de simplicité, Sylvain Tesson lève le voile d’une vie à laquelle le monde a depuis longtemps renoncé, vantant les qualité de la décroissance, et l’idéalisme d’une existence épurée loin du tourbillon d’une société dans laquelle on ne peut survivre qu’en s’étourdissant dans son effervescence et dans la volonté d’amasser toujours plus .
Une belle manière de s’évader, de couper le lien avec ce qui nous entoure et de se remettre en question.