Le dernier Lapon

by kaullyne

“Nul rideau bien sûr, en ce haut lieu du laestadianisme. Le prédicateur Lars Levi Laestadius avait vécu ici plusieurs années de sa vie. D’ici il avait mené sa croisade contre le péché et l’alcool, partant à la conquête des âmes sami. Dans un tel lieu oublié du monde, aux confins de tout, le visiteur comprenait vite qu’on ne pouvait devenir qu’alcoolique ou mystique. Karesuando n’était pas un lieu qui autorisait la nuance. Ici, le gris était condamné. Noir ou blanc, il fallait basculer.”

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Kautokeino, Laponie centrale.

Dans un univers de bout du monde, la nuit prend fin. Après des mois dans l’obscurité, chacun retrouve son ombre, redécouvre la clarté du soleil.

C’est dans ce décor de renouveau que l’on découvre Klemet Nango, flic bourru et meurtri accompagné de sa jeune collègue, Nina Nansen, fraîche émoulue de l’école de police.

Membres de la police des rennes, ils sillonnent la Laponie en motoneige, à l’écoute des doléances des éleveurs, hommes fatigués, vivants dans des gumpis et errant au gré des transhumances de leurs troupeaux. Derniers survivants d’un peuple en voie de disparition, cette population à cheval sur plusieurs états, attise la colère et le mépris de certains individus.

Lorsqu’un tambour sami, emblématique de l’histoire lapone riche et ancienne, est  volé alors même qu’il devait être exposé au centre culturel de Kautokeino, les tensions s’accroissent.

Dans un lieu où les dissensions culturelles sont importantes, la situation prend vite de l’ampleur…Afin de désamorcer la crise qui s’annonce, Klemet doit se replonger dans la culture dont il est originaire, tandis que Nina découvre avec plaisir et perplexité cette histoire matinée de violence, d’assimilation forcée et de convoitise pour cette région sauvage et riche en minerais.
Olivier Truc, journaliste et correspondant du Monde et du Point, nous offre un premier roman qui loin de se contenter de raconter une histoire, nous relate le récit d’une population méconnue, pacifiste, qui tente aujourd’hui encore, de lutter contre les affres de “l’hypermodernité”.

Mais que peut un peuple qui a longtemps vécu de chasse,  d’élevage de rennes et dont les traditions se relataient au travers de joïks face au progrès?

“Quand elle [la colonisation] a commencé, au XVIIe siècle il n’y avait aucune route en Laponie. C’était terre inconnue. Le commerce se pratiquait le long des fleuves, l’été. Quand le royaume de Suède a commencé à chercher des minerais pour payer ses guerres et fabriquer ses armes, il a monté des expéditions exploratoires et envoyé des cartographes. Des petites mines ont été exploitées. Dans les conditions que tu peux imaginer à cette époque, au bout du monde, loin de tout. Ça devait être épouvantable. Dans quelles conditions devaient-ils travailler ? J’en ai des frissons rien que d’y penser.
Les Suédois recrutaient des Sami de force pour ça. Et ils utilisaient les rennes pour transporter le minerai jusqu’aux rivières. Voilà l’histoire. Les Sami qui refusaient étaient battus, emprisonnés. Tu vois sur quoi repose la richesse de ces beaux royaumes nordiques.”

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