Ce qu’il advint du sauvage blanc

by kaullyne

Le sentiment physique de sa solitude l’accabla. Il se laissa glisser au sol, posa sa tête sur ses genoux et lutta contre des larmes de rages qui l’envahissaient. La soif collait sa langue au palais. Sur la crête, les rafales de vent balayaient le sable en tornades éphémères.

IMG_6662

Au XIXe siècle , Narcisse Pelletier, jeune matelot français se retrouve abandonné sur une île océanique loin de toute civilisation occidentale.

Avec sa stature, sa couleur de peau et ses vêtements, il avait tous les attraits d’un sauvageon pour la tribu qui le découvre agonisant sur la plage…

Cet intrus qui baragouine dans une langue inconnue, geint et pleure comme un enfant a dû faire une drôle d’impression aux locaux peu habitués à ce genre d’oiseau.

Et pourtant ! Recueilli, nourri et familiarisé aux us et coutumes de cette tribu australienne, Narcisse deviendra un membre à part entière de la communauté.

Durant 17 ans, il vivra ainsi isolé de ce qui fut son quotidien, oubliant jusqu’à sa langue natale…

Ce n’est qu’à la fin de cette période qu’il sera découvert par des marins, et ramené à Sydney.

Il sera confié à Octave de Vallombrun, homme de science et membre de la Société de Géographie. Objet d’étude, de curiosité, Narcisse apparaît comme la pierre de Rosette qui permettrait de déchiffrer les us et les coutumes des « sauvages » australiens…

Vêtu du seul pagne qu’ils lui ont donné, il passe ses journées accroupi sur les talons, les coudes calés à l’intérieur des cuisses largement ouvertes.

Notre nourriture ne lui convient pas il ne l’accepte qu’avec une visible répugnance et pour ne pas mourir de faim. Il mange avec ses doigts, boit dans ses paumes et ne sait pas se servir d’un verre ou d’une cuillère. L’eau croupie ne le rebute pas, il a recraché avec dégoût le vin qu’un soldat s’était amusé à lui proposer. […]

Là où les autres voyaient un phénomène de foire ou une source de différend, je commençais à le considérer comme un sujet de pitié.

C’est l’histoire d’un homme écartelé, qui a fait siennes deux cultures en totale opposition. L’une ingérée de naissance, l’autre par instinct de survie.

L’histoire pourrait s’arrêter là, rejoignant ainsi nos chers Robinson et Vendredi sur leur île…

Mais le hasard facétieux a préféré jouer une nouvelle fois avec la vie de Narcisse en le réexpédiant auprès de l’homme blanc et de sa civilisation.

Comment être le sauvage vivant nu, contraint uniquement par son estomac et le matelot Narcisse Pelletier français et soumis à la hiérarchie sociale, à la moralité et à la bien séance ?

C’est peut-être toute la subtilité du roman de François Garde, tenter de l’expliquer sans être sur qu’il existe une réponse véritable…

La Société de Géographie a tort parce qu’elle a raison. Elle a tort d’aller chercher à connaître les peuples sauvages – on ne peut jamais les connaître ; qui les observe les change : cette curiosité est donc impossible et ne peut déboucher que sur une illusion -, mais elle a raison de tenter d’y être la première. À tout prendre et puisque l’homme blanc finira par parcourir l’ensemble des terres émergées, mieux vaut que ce premier contact soit celui d’un homme de science que celui d’un reître [?mot incertain], d’un pasteur ou d’un négociant âpre au gain. Ou des trois ensemble.
Les forêts ne seront jamais assez épaisses, ni les déserts assez arides ou glacés.