A Fraction of the Whole

by Maxence

“- Dis-moi, tu n’aimes pas trop les gens, n’est-ce pas ?

– Ils ne me dérangent pas.

– Tu te penses supérieur à eux ?

– Non.

– Alors pourquoi tu ne les aimes pas ?”

 Sans titre

Je me demandais si je devais parler à ce lunatique. Et puis je réalisai que personne avant n’avait jamais manifesté aucun intérêt pour ce que je pensais ou ce que je ressentais. Personne n’avait jamais manifesté d’intérêt pour moi.

“- Et bien, d’abord, j’ai dit, je suis jaloux de leur bonheur. Pour finir, on dirait qu’ils prennent des décisions sans réfléchir, et ça m’énerve.

– Continue.

– On dirait qu’ils remplissent leur vie uniquement pour éviter de penser à leur propre existence. Pour quelle autre raison se battraient-ils sur des matchs de foot, si ce n’était pour éviter de penser à leur mort imminente ?

– Tu sais ce que tu es en train de faire ?

– Non

– Tu es en train de philosopher.

– Non.

– Si. Tu es un philosophe.”

“Non, je ne suis pas un philosophe !”, j’ai crié. Je ne voulais pas être un philosophe. Tout ce qu’il font, c’est s’assoir quelque part et penser. Ils deviennent gros. Ils ne savent pas faire des choses utiles, comme faire pousser du gazon dans leur propre jardin.

“Si, Martin, tu es un philosophe. Je ne dis pas que tu es un bon philosophe, juste que tu es un philosophe, naturellement. Ce n’est pas une insulte, Marty. Écoute, on m’a étiqueté de nombreuses fois – un criminel, un anarchiste, un rebelle, parfois un déchet humain, mais jamais comme un philosophe ; ce qui est dommage parce que c’est ce que je suis. J’ai choisi une vie qui se trouve en dehors de la société, pas seulement parce que la société me rend malade mais parce que je remets en question la logique de la société, et il y autre chose — je ne sais même pas si la société existe ! Pourquoi devrais-je m’enchainer à une roue si la roue elle-même est une construction, une invention, un rêve commun créé pour faire de nous tous des esclaves ?”

Crap down here - birds

Harry se pencha en avant, je pouvais maintenant sentir son haleine aux vieux relents de cigarettes.

“- Toi aussi, tu l’as senti, Marty. Comme tu le dis, tu ne sais pas pourquoi les gens agissent sans réfléchir. Tu demandes pourquoi. C’est une question importante pour toi. Maintenant, je te demande — pourquoi le pourquoi ?

– Je ne sais pas.

– Si, tu le sais. Martin, dis-moi — pourquoi le pourquoi ?

– Et bien, si je me rappelle bien, pendant les après-midis, ma mère que donnait toujours un verre de lait froid. Pourquoi pas chaud ? Pourquoi du lait ? Pourquoi pas du jus de coco ou de mangue, je lui ai demandé une fois. Elle a répondu que c’est ce que les enfants de mon âge buvaient. Et une autre fois, pendant le repas du soir, elle m’a puni parce que j’avais mes coudes sur la table. Je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a dit, “c’est malpoli”. Je l’ai encore interrogée, “pourquoi, comment ?”.  Cela l’a laissé perplexe et alors que j’allais me coucher — “parce que 19 heures, c’est l’heure pour les enfants de moins de sept ans d’aller dormir” — je réalisais que je suivais aveuglement les ordres d’une femme qui elle-même suivait aveuglement des rumeurs. Je pensais : les choses, peut-être, n’ont pas à être faites de cette façon. Elles pourraient être faites d’une autre façon. De n’importe quelle autre façon.

– Donc tu penses que les gens ont accepté des choses qui ne sont pas vraies ?

– Mais ils doivent les accepter, sans quoi ils ne pourraient pas survivre à leur quotidien. Ils doivent nourrir leur famille et mettre un toit au dessus de leur tête. Ils n’ont pas le luxe de s’assoir et de se demander pourquoi.”

She's well missed in Tas

Harry applaudit avec délice.

“- Et maintenant tu te fais l’avocat du diable pour entendre les arguments opposés ! Tu te disputes avec toi-même ! Ceci est aussi la marque d’un philosophe !

– Je ne suis pas un putain de philosophe !”

Harry vint s’assoir près de moi. Il mit son terrifiant visage près du mien.

“- Écoute, Marty, laisse-moi te dire quelque chose. Ta vie ne va pas s’améliorer. En fait, pense à ton pire moment. Tu y penses ? Et bien, laisse-moi te dire : tout sera pire.

– Peut-être.”

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Ce texte est une traduction (de l’anglais) maison d’un passage du livre A Fraction of the Whole.