L’OPA du panda

by Maxence

Que penser de la vogue des artefacts animalisés ? Cette animalisation de certaines machines, comme les tamagotchi ou le robot chien Aibo, joue-t-elle selon vous en faveur ou contre les animaux ?

Aujourd’hui, la situation est celle d’une concurrence évolutionniste entre les artefacts animalisés et les animaux naturels. La question de la séduction est essentielle car dans un certain nombre de cas de figure, les artefacts vont devenir plus intéressants, plus séduisants que les animaux naturels, surtout pour les jeunes générations qui vont avoir de moins en moins de contact avec la vraie nature.

Shery Turkle, sociologue américaine au MIT, raconte comment sa fille pré-adolescente, après avoir visité consécutivement Disneyworld puis l’aquarium d’Orlando, trouve les tortues réelles beaucoup moins bien que les tortues machines.

Photo : st3f4n/flickr

Photo : st3f4n/flickr

(…) La désirabilité humaine devient alors une contrainte évolutive forte et inédite. Avant les facteurs décisifs étaient le rapport proie/prédateur, la possibilité de trouver un partenaire sexuel pour assurer la reproduction, etc. Maintenant, la nouvelle contrainte fondamentale c’est de plaire à l’humain.

Pourquoi le panda qui est un animal complètement inadapté est en train de survivre ? Parce qu’il y a des millions de gens autour du monde qui trouvent fabuleux le panda alors que c’est un animal absolument stupide. Le panda a fait une OPA formidable sur les désirs humains et cela le sauve.

Lu dans Vacarme, numéro 70, hiver 2015, in Le commun sans frontière, entretien avec Dominique Lestel